Huile de périlla : oméga-3, goût, conservation et idées à cru
Périlla, lin, colza, noix : qui apporte le plus d'oméga-3 ? Comment garder cette huile fragile et avec quels plats l'utiliser à cru ? Le guide.
Sommaire
- La périlla, c’est quoi au juste ?
- Combien d’oméga-3 ? Périlla, lin, colza et noix côte à côte
- Oméga-3 végétal et oméga-3 du poisson : deux familles complémentaires
- Quel goût a-t-elle ?
- Bien la conserver : une huile fragile qui aime le froid
- En cuisine : toujours à cru, et voici comment
- Vos questions
- Nos sources
Vous avez croisé une petite bouteille d’huile de périlla dans une épicerie bio ou asiatique, et vous vous demandez ce que vous en feriez ? On a rassemblé l’essentiel : d’où vient cette huile, combien d’oméga-3 elle apporte comparée au lin, au colza et à la noix, comment la garder fraîche et avec quels plats l’utiliser. Le tout avec des chiffres sourcés et sans promesse miracle.
La périlla, c’est quoi au juste ?
La périlla (Perilla frutescens) est une plante aromatique annuelle de la famille des Lamiacées, celle de la menthe. On la cultive en Inde, au Vietnam, en Corée, en Chine et au Japon, où on l’appelle egoma ou shiso.
Elle se présente sous deux formes en cuisine, et il vaut mieux ne pas les mélanger :
- Les feuilles fraîches : dans les cuisines japonaise et coréenne, elles se mangent crues ou en garniture.
- L’huile : elle est pressée à partir des graines, qui contiennent 41 à 45 % d’huile. L’huile analysée dans cette étude était obtenue par simple pression mécanique, et les auteurs rappellent qu’elle peut servir d’huile à salade.
Détail qui en dit long : cette huile a aussi été utilisée dans les peintures et les encres. On y revient plus bas, parce que c’est un indice de sa fragilité.
Enfin, l’huile essentielle de périlla, qu’on trouve parfois en flacon, est un tout autre produit. Elle est distillée à partir de la plante et n’a rien à voir avec l’huile alimentaire des graines dont on parle ici.

Combien d’oméga-3 ? Périlla, lin, colza et noix côte à côte
L’oméga-3 des huiles végétales s’appelle l’ALA (acide alpha-linolénique). On le dit « essentiel » parce que notre corps ne sait pas le fabriquer : il doit venir de l’assiette.
Et là, la périlla joue dans la cour des grandes. Dans l’échantillon analysé par la revue OCL, l’ALA représentait 59,87 % des acides gras. Mais les chiffres varient selon les huiles :
- 54 à 64 % selon une synthèse publiée en 2025 dans Foods ;
- environ 60 % selon une revue parue dans Heliyon en 2024 ;
- 515 mg par gramme, soit environ 51,5 %, dans une huile du commerce coréenne ;
- 52,77 % dans une huile du Caucase.
Retenez donc une fourchette d’environ 50 à 64 % selon la variété, l’origine et le procédé. Voici comment elle se place face à ses voisines :
- Périlla : environ 50 à 64 % (59,87 % dans l’échantillon OCL).
- Lin : 52,13 % dans la référence du même tableau, et 45 à 70 % selon les huiles.
- Chia, pour repère : 63,49 %.
- Colza : de l’ordre de 9 à 11 g pour 100 g.
- Noix : l’ANSES la classe, avec le colza et le soja, parmi les aliments les plus riches en ALA. On n’a pas trouvé de chiffre fiable à vous donner ici, alors on préfère ne pas en inventer.
En clair : la périlla fait partie du trio de tête, au coude-à-coude avec le lin et la chia. Elle se situe au-dessus du colza et, a priori, de la noix, qui restent d’excellentes huiles du quotidien, plus polyvalentes.
Petite parenthèse calcul mental. On lit parfois que la périlla contient « 60 % d’oméga-3 de plus que le lin ». Dans le tableau OCL, on compare en réalité 59,87 % et 52,13 %. Ça fait environ 15 % d’écart relatif, sur un seul échantillon. Belle performance, mais les maths ne sont pas tout à fait les mêmes. Et comme les fourchettes de la périlla et du lin se chevauchent, une bonne huile de lin peut faire jeu égal.
Oméga-3 végétal et oméga-3 du poisson : deux familles complémentaires
L’ALA n’est pas la même molécule que l’EPA et le DHA, les oméga-3 « à longue chaîne » qu’on trouve dans les poissons gras. Notre corps sait transformer l’ALA en EPA et en DHA, mais cette conversion est faible, selon le Linus Pauling Institute, et elle varie d’une personne à l’autre (sexe, génétique). Une revue publiée en 2009 montre que l’ALA augmente l’EPA dans le sang, mais très peu le DHA.
Les auteurs de l’étude OCL résument bien les choses : ces huiles riches en ALA sont un complément aux oméga-3 du poisson, pas leur remplaçant. Les deux familles se complètent.
Un atout pour rééquilibrer l’assiette
Autre point fort : dans l’huile de périlla, le rapport oméga-6/oméga-3 est de 0,30. Il y a donc bien plus d’oméga-3 que d’oméga-6. Or nos menus, entre huile de tournesol et plats industriels, penchent souvent nettement du côté des oméga-6. Un peu de périlla aide à rééquilibrer. Les auteurs d’OCL rappellent toutefois que c’est l’équilibre de l’alimentation entière qui compte, pas une huile prise seule.
Et côté recherche ?
Les chercheurs s’intéressent aux effets de cette huile. Par exemple, chez des souris nourries avec un régime riche en graisses, une huile de périlla pressée à froid et enrichie en ALA a limité l’accumulation de graisse dans le foie. C’est un résultat obtenu chez l’animal : il reste à confirmer chez l’humain avant d’en tirer des conclusions pour notre assiette.
En cas de grossesse, de traitement (notamment anticoagulant) ou de maladie, parlez-en à votre médecin avant de modifier fortement vos apports en graisses.
Quel goût a-t-elle ?
Difficile de vous promettre un arôme précis : le goût dépend beaucoup du procédé. Une huile pressée à froid à partir de graines crues n’a pas le même caractère qu’une huile de graines torréfiées, plus marquée. L’étiquette vous donne souvent l’indice.
Notre conseil : goûtez-en une petite cuillère seule avant de l’utiliser, puis dosez selon votre palais. Et si elle sent la peinture ou le rance, elle est oxydée. Mieux vaut ne pas la consommer, ce qui nous amène tout droit à la conservation.
Bien la conserver : une huile fragile qui aime le froid
Sa richesse en oméga-3 a un revers. Avec beaucoup d’acides gras polyinsaturés et un indice d’iode de 190 à 208, elle s’oxyde facilement au contact de l’air. C’est justement ce qui la faisait sécher dans les peintures. Les mêmes auteurs précisent qu’un procédé de fabrication adapté permet d’obtenir une huile de bonne qualité.
Bonne nouvelle pratique : elle reste liquide jusqu’à environ −14 à −18 °C, d’après une donnée technique ancienne citée par OCL. Elle ne devrait donc pas figer au réfrigérateur.
Nos repères de bon sens, faute de recommandation officielle sur le sujet :
- choisir une petite bouteille, opaque de préférence ;
- la refermer rapidement après usage ;
- la garder à l’abri de la lumière et de la chaleur, et au réfrigérateur une fois ouverte ;
- la sentir avant chaque utilisation ;
- regarder la date indiquée par le fabricant et la finir sans trop traîner.
Une piste intéressante : selon la revue Heliyon, la mélanger à d’autres huiles améliore sa stabilité face à l’oxydation. Parfait prétexte pour une vinaigrette mixte.
En cuisine : toujours à cru, et voici comment
La règle tient en une ligne : pas de cuisson, pas de friture, et on l’ajoute au dernier moment. C’est logique vu sa fragilité, et cela rejoint son usage d’huile à salade.
Quelques idées pour vous lancer :
- Une vinaigrette moitié-moitié : périlla et colza, ou périlla et olive, avec moutarde et vinaigre. Le mélange adoucit le goût.
- Un filet sur des légumes vapeur ou des pommes de terre tièdes, hors du feu.
- Une cuillère dans une soupe ou un velouté, juste au moment de servir, dans l’assiette plutôt que dans la casserole.
- Dans un houmous, un fromage blanc aux herbes, un taboulé ou une salade de lentilles.
- Sur un bol de riz et de légumes croquants, avec quelques graines.
Pas besoin d’en mettre beaucoup : vu sa teneur en ALA, cinq à six fois celle du colza, une petite quantité suffit déjà à enrichir un plat. Elle vient en plus de vos huiles habituelles, pas à leur place.
Et si vous trouvez des feuilles de shiso fraîches, c’est un autre ingrédient à tester : elles se mangent crues et apportent beaucoup de parfum à une salade.
Ce qu’on retient, nous : une huile précieuse, à garder au frais et à verser à froid, pour compléter le poisson et les huiles du quotidien sans chercher à les remplacer. Vous l’utilisez déjà ? Dites-nous en commentaire avec quoi vous l’aimez.
Vos questions
Peut-on cuire avec l'huile de périlla ?
Non, mieux vaut l'éviter. Très riche en acides gras polyinsaturés, elle s'oxyde facilement. On l'utilise à cru, ajoutée au dernier moment, comme une huile à salade.
L'huile de périlla est-elle plus riche en oméga-3 que l'huile de lin ?
Elles sont au coude-à-coude. Dans une même analyse, la périlla affichait 59,87 % d'ALA contre 52,13 % pour le lin, mais les fourchettes des deux huiles se chevauchent selon la variété et le procédé.
L'huile de périlla remplace-t-elle les oméga-3 du poisson ?
Non. Son oméga-3, l'ALA, est converti faiblement en EPA et encore moins en DHA, les oméga-3 du poisson. Les deux sources sont complémentaires.
Faut-il garder l'huile de périlla au réfrigérateur ?
Une fois ouverte, c'est le plus prudent. Elle reste liquide jusqu'à environ −14 à −18 °C, donc elle ne fige pas au frais. Choisissez une petite bouteille opaque et sentez-la avant usage.
Huile de périlla et huile essentielle de périlla, c'est pareil ?
Non. L'huile alimentaire est pressée à partir des graines et s'utilise en cuisine. L'huile essentielle est distillée à partir de la plante : c'est un produit différent, qui ne s'utilise pas comme une huile de table.
Nos sources
- OCL (2020) : Huiles riches en acide alpha-linolénique, composition chimique de l'huile de graines de périlla
- OCL (2020) : Tableau 1, composition en acides gras de la périlla, du lin, de la chia et du sacha inchi
- Foods (2025) : Synthèse sur Perilla frutescens, composition chimique et usages alimentaires
- Heliyon (2024) : Revue sur les graines de périlla, aspects nutritionnels et industriels
- Teneur en acides gras de variétés de périlla et d'huiles du commerce (analyse GC)
- BIO Web of Conferences (2024) : Composition en acides gras de l'olivier et de la périlla
- Wikipédia : Huile de lin
- Wikipédia : Huile de colza
- ANSES (2014) : Apports en acides gras de la population vivant en France
- Linus Pauling Institute, Oregon State University : Acides gras essentiels
- PLEFA (2009) : Supplémentation en ALA et conversion en oméga-3 à longue chaîne chez l'humain
- Étude chez la souris : huile de périlla pressée à froid et stéatose hépatique induite par un régime gras

Écrit à deux
Un couple qui partage ce qu’il apprend et vit pour être en forme au quotidien.